Son de Beyrouth

Ces petits enregistrement sont malheureusement de mauvaise qualité : ils ont été réalisés avec un appareil photo numérique permettant de courtes prises de son, au mois d'août 2002 à Beyrouth. Mais ils ont pour moi une grande puissance évocatrice de l'ambiance sonore d'un lieu tout à fait particulier.

J'étais en résidence artistique à Beyrouth et j'avais déjà eu le temps de comprendre un peu le tissu conflictuel de cette ville, dans un moment de calme relatif (c'était juste avant le début de la guerre d'Irak (2003) et l'assassinat du premier ministre Rafic Hariri (2005).


Le quartier appelé Solidere est une reconstruction (plus ou moins «à l'identique») du vieux centre historique qui voyait coexister depuis si longtemps les différentes confessions autour du souk. C'était le quartier qui symbolisait le mieux l'équilibre du Liban, toujours montré comme exemple d'une coexistence pacifique dans ce Moyen-Orient où les divisions entraînent le plus souvent des guerres.


La guerre du Liban (1975-1990) a évidemment fait cesser cette illusion mais les promoteurs de ce quartier très gravement détruit entendaient dépasser les divisions en créant sur les décombres de l'ancien centre un nouveau quartier touristique (nouveaux souks, hôtels de luxe, port de plaisance, etc). La reconstruction ou la construction des édifices religieux prenait ici son sens, pour refaire une mosaïque confessionnelle unie cette fois dans la perspective d'un développement économique .


Lors de ces enregistrements, je me trouvais sous le porche d'un ensemble d'immeubles récemment construits et encore largement inhabités, tout près de la grande église Saint George Maronite. J'ai entendu cette sorte de superposition entre la voix du muezzin d'une mosquée et les cloches qui se sont mises à sonner presque au même moment.

On m'avait dit qu'il y avait une surenchère dans la puissance du son émis par les bâtiments du culte des différentes religions. Je viens à ce sujet de lire un article de presse concernant le campanile de saint Georges dont la reconstruction a été achevée en juin 2011 et dont la hauteur (71 mètres) ne dépassera pas - ce sont des instructions précises données à l'architecte - les 72 mètres de la mosquée voisine très proche (la mosquée Mohammad Al Amine) (cf photo satellite). Cela montre bien la rivalité des différentes tendances confessionnelles qui se disputent l'espace public. Le fait que le bourdon de cette église, pesant trois tonnes et fondu en France à Villedieu les poêles, qui arrivera par bateau du Havre à la fin du mois de septembre 2011, sera la plus grosse cloche du Moyen Orient indique bien la volonté d'une montée en puissance sonore de la communauté maronite.


Son enregistré à Beyrouth en 2002, dans le quartier Solidère.

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